samedi 30 janvier 2016

Joker



Il y a peu de temps je répondais ceci à mes interlocuteurs :


"Je ne souhaite heurter personne, mais simplement partager une réflexion. 
Je ne sais pas ce que c'est d'être dans un état de schizophrénie. Je me garderais bien de recommander quoique ce soit à qui que ce soit. 
Par contre, en échangeant ensemble des pistes de réflexion, on peut peut-être chacun se nourrir, s'apporter et avancer sur son propre chemin. 

Il y a une chose que l'on peut constater, c'est que l'homme, avec son cerveau plus développé que les autres êtres vivants, a plutôt tendance à vouloir tout régenter, imaginer et créer des solutions pour tout - mais avant tout pour lui - parce que son cerveau est capable de produire des idées à l'infini. 
Dans cette course, l'homme oublie une chose essentielle : c'est l'humilité de reconnaître qu'il ne sait rien et qu'il n'est pas au-dessus du reste de la nature
Les mécanismes naturels sont d'une complexité immense pour nos perceptions et réflexions simplificatrices. Si le mythe du progrès scientifique a encore de beaux jours devant lui, on se rend surtout compte aujourd'hui à quel point notre méconnaissance de tout cela est immense. 
Le corps humain n'échappe évidemment pas au prisme de la complexité de la nature. Or l'homme, toujours dans sa grande humilité, a décidé de faire le médecin ou l'apprenti-sorcier (je n'ai rien contre les sorciers) en intervenant sur des mécanismes qu'il ne maîtrise pas. "On va mettre un peu plus de cela, comme ça, cela fera baisser ceci". Et on dérègle des réglages très fins du corps qui nous échappent totalement. 
A trop vouloir réfléchir sur ce qui va être bon pour nous en fonction de telle formule mathématique, on en oublie d'écouter notre propre corps et notre propre ressenti. On cherche bien sûr à soulager notre souffrance, mais par des mécanismes extrêmement interventionnistes, qu'ils soient chimiques ou naturels, au lieu de revenir à des choses simples :
réfléchir à l'environnement qui me convient : un environnement où je peux être moi, ne pas être agressé, me reposer, être dehors, être avec mes amis, ma famille, nourrir des relations de qualité, me nourrir de choses naturelles, physiologiques et peu modifiées qui ont elles-mêmes évolué dans un environnement le plus naturel et le moins modifié possible... 


Pour moi, favoriser l'émergence de ces conditions c'est tout le soin qu'on peut s'apporter les uns aux autres. 
Pour moi, il est plus dangereux de s'administrer des choses, naturelles ou non, aux vertus très puissantes, que de par exemple jeûner quelques jours et progressivement quand on se sent prêt et qu'on écoute son corps et des gens bienveillants et expérimentés. A la base, nous ne sommes pas des êtres suicidaires, ni de la destruction. 
Alors oui, il y a des techniques qui peuvent paraître simplistes pour s'attaquer aux maladies des êtres évolués que nous sommes, mais jusqu'où nous mènera cet interventionnisme effréné ? 

Je terminerais en citant Masanobu Fukuoka (La révolution d'un seul brin de paille, 1975) : 

"La raison pour laquelle les techniques perfectionnées semblent nécessaires est que l'équilibre naturel a été tellement bouleversé par ces mêmes techniques que la terre en est devenue dépendante.
Cette ligne de raisonnement ne s'applique pas seulement à l'agriculture, mais aussi bien à d'autres aspects de la société humaine. Médecins et médicaments deviennent nécessaires quand les gens créent un environnement malsain. L'éducation institutionnelle n'a pas de valeur intrinsèque mais elle devient nécessaire quand l'humanité crée une situation dans laquelle on doit devenir "instruit" pour y faire son chemin.""

*

J'écrivais donc cela dans un contexte de lecture du livre de M. Fukuoka précité et de sa philosophie du non-agir. Je le mentionne par commodité mais cela me met mal à l'aise d'enfermer une pensée, une façon d'appréhender le monde dans une étiquette - tout comme l'étiquette "permaculture" peut de plus en plus m'agacer. Alors je le redis : ces mots-là ne comptent pas, il faut aller chercher ce qu'il y a derrière. Bref, c'est une lecture, une plongée, que je ne peux que recommander. D'ailleurs, il s'agit avant tout d'un récit d'une expérience. 
Et j'écrivais cela en réaction aux nombreuses "bonnes idées", "recettes" que l'on peut trouver un peu partout pour résoudre des problèmes de façon naturelle. C'est parfois un peu la course à qui aura la bonne recette à sortir du chapeau. Et, même dans une volonté de respect de la nature, même s'il est bien sûr enrichissant de faire circuler de l'information, je me dis chaque fois que l'on retombe dans le piège de la pensée symptomatique. Celle qui se focalise sur le symptôme émergent sans reconsidérer tout l'ensemble. On ne peut faire l'économie du chemin qu'il y a à emprunter. Du long sentier à parcourir dans les collines. De la réflexion sur notre milieu.

Dans le billet "Pourquoi la permaculture ?", je mentionnais une nécessité de mobiliser de l'énergie créative au service de la VIE pour sortir de l'ornière contemporaine.

J'aimerais apporter de plus amples développements sur ce point, cet attribut créatif qui nous serait propre, à nous les humains.

Car ce n'est pas une nouvelle course au plus malin dont on a besoin. Y compris dans le domaine des "solutions naturelles". Il est justement temps de mettre fin à cette règle, corollaire de la loi du plus fort qui prévaut dans notre espèce depuis des temps immémoriaux.

Non, c'est la loi du simple, du sans calcul, qui devra s'imposer.



On a besoin de simplicité, d'humilité et d'insoumission.

On a besoin de comprendre ce dont on fait partie et ce qui nous porte. 
Mais il s'agirait plus de communication intelligente avec ces éléments. Car jusqu'à présent notre démarche pour comprendre se fait dans l'analyse, la conceptualisation, la dissection et l'appropriation du vivant. Nous sommes profondément matérialistes. Notre cerveau nous pousse à ça. Or il faut devenir spirituels. Tant que l'on sera dans le rationalisme pur, on se trompera de chemin. Car force est de constater qu'on a beau avoir des milliards de neurones, nos capacités de perception sont sous-développées. Et ce malgré notre renfort de machines pour aller toujours plus loin dans le décorticage matérialiste de ce qui nous entoure. Soyons enfin lucides, honnêtes et éveillés : sortons de l'illusion que l'on peut tout maîtriser, maîtriser tous les paramètres. C'est hors de notre portée. Nous ne pouvons pas englober toute la "réalité", toutes choses que l'on aimerait enfermer dans un seul mot. C'est comme si nous voulions mettre le monde entier et l'infini dans une boîte pour la tenir dans notre main. L'appropriation. C'est juste un tour que nous joue notre cerveau. Eh oui, ce prodige ne nous rend pas toujours service. Rien ne nous appartient vraiment, alors que nous appartenons à un ensemble, un tout.

Nous ne savons rien. Nous ne savons rien de ce qui se trame. Ayons l'humilité de le reconnaître, arrêtons de nous attribuer un point de vue privilégié d'observateur extérieur de l'univers. Cette place n'existe pas, excepté dans un monde d'idées, de nos idées.

Qui sommes-nous ? Ne serions-nous qu'une représentation ? À l'instar de la façon dont on traite tout le reste des éléments du monde ?

Nous pouvons ressentir. 
Que fait naturellement un enfant ? 

(Parenthèse : l'enfant à l'état de nature est aussi idéalisé ici je le concède, c'est un biais, on n'y échappe pas, pour faciliter la compréhension).

Que fait alors naturellement un enfant ? Il ressent. Il est là ici et maintenant. Il sait ce dont il a besoin, ce dont il n'a pas besoin (même si on lui insuffle très rapidement des besoins qui ne sont pas les siens). Il a mal, il rit, il pleure et il est heureux. Il n'a pas l'esprit embrouillé. Il ne passe pas son temps en quête du sens de la vie. Ses sensations suffisent à son bonheur. Ses douleurs sont vraies.
Il pose des questions, mais ses questions restent des questions. Des pourquois à l'infini.
Car au fond il comprend mieux le monde que nos esprits tordus. Des esprits tordus comme des arbres que l'on a tellement taillé et contraint, que l'on ne peut plus laisser sans entretien. De sorte qu'ils n'ont pas pu librement, et seuls, déployer leur harmonieuse ramure.

Oui les enfants savent que le monde c'est des pourquois à l'infini. Et nous voulons lui coller une réalité implacable.


Nous sommes très rapidement sous l'emprise de la société, de la norme qui s'immisce dans nos têtes, même quand personne n'est là pour nous dicter ce que nous devons faire et ce que nous n'avons pas le droit de faire.
Puis après, dans le meilleur des cas, on passe une autre partie de sa vie, à essayer de retirer toutes ces peaux qu'on nous a mises sur le dos. A re-questionner.

Pour se libérer. Se libérer d'un monde d'idées et de représentations. Faire ré-émerger notre être profond. Pas cet avatar qui remplit sa fonction sociale. Il ne s'agit pas de chercher un sens en décryptant le sens du monde, c'est une course vaine qui rend malheureux. Il s'agit de vivre le sens par cette libération, cet éveil.

José Mujica, l'ex-président de l'Uruguay, dit : 
"Cesser de lutter c'est cesser de rêver. 
Lutterrêver, fouler le sol de ses pieds, se confronter à la réalité, voilà le sens de l'existence." 
C'est une expérience quotidienne.

A + B = C, c'est une béquille, un langage de notre élaboration qui nous permet de bricoler nos petites maquettes, nos petits systèmes. Face aux "enjeux" actuels, nous n'avons pas besoin de déployer une énergie folle ni pour poursuivre plus avant le développement de ce langage. Ni pour inventer un nouveau langage pour dépasser celui-ci. Nous avons seulement besoin de retrouver notre langage des émotions premières, des ressentis premiers.

Cela ne passera que par cette expérience quotidienne de re-connexion à la nature, aux cycles, au cosmos... Fouler autre chose que l'asphalte autrement qu'en baskets. Il n'y a que ça pour nous faire exister réellement tels que nous sommes. Débarrassés de nos oripeaux.

L'existence sociale ne peut être libératrice si la société elle-même n'est pas connectée à la nature par l'intermédiaire des êtres qui la composent.

Je suis convaincue, comme John Trudell (quel discours ce 18 juillet 1980, alors que je commençais à peine à exister), que cette libération individuelle est un préalable au commencement d'un parcours collectif heureux.


Nous sommes un tout, nous ne formons qu'un seul corps. Ce qu'on a vu avec nos machines, c'est que le corps est construit notamment à partir de cellules qui vivent et meurent, sont connectées, et agissent pour elles-mêmes et au service de l'ensemble. L'ensemble ne peut pas bien fonctionner si chacune des cellules ne mène pas simplement sa vie de cellule en bon échange avec les autres. Une super-cellule autonome ne vaut rien. Ca n'existe pas. Le monde ce n'est que des chaînes trophiques. Tout est échange, tout est connexion. Meilleure est la circulation d'énergie, mieux l'ensemble se porte.

Il nous faut donc se repenser avec humilité, ainsi que nos agissements, et le mettre en pratique. C'est ce qu'a fait Fukuoka. C'est ce qu'il nous livre.
Reprendre notre place simple dans le cosmos parmi les autres éléments. Je suis la première surprise de me trouver à employer ces mots que je ne considérais pas dans la vie que j'ai menée, matérialiste, avec pour seule transcendance la considération suprême de l'humain et la philosophie des droits de l'Homme. Or ce que je n'ai cessé de voir, ce sont des gens, à commencer par moi, qui se battent pour faire reconnaître des droits à d'autres, et mettent le sens de leur existence là-dedans en y consacrant toute leur énergie, avant de se rendre compte qu'ils ne parlent même plus à leur voisin, qu'ils n'arrivent pas à décrocher un sourire, un regard, pour l'offrir à un passant, à un voisin de bus. On l'exclut, lui, de notre monde. Tout comme on exclut cet arbre ou cette plante herbacée qui vont gêner la construction de notre monde factice. Tout comme on exclut la m**** qui part dans la cuvette, puis on ne sait où. Ça ne nous concerne plus. On ne daigne pas d'existence à tout cela. On les nie purement et simplement.

Ce cloisonnement n'est plus possible, plus soutenable, il est contre notre nature, il est en train de nous perdre. Tout comme nous écrivons nous-mêmes notre propre tragédie, nous détenons la clé pour en sortir.

L'autre jour, après avoir appris que l'on avais retiré le renard de la liste des nuisibles pour la chasse en Savoie, je me disais qu'on devrait p't'être bien retirer le mot, qui justifie à lui seul un droit de vie ou de mort. Car qui est nuisible ? C'est encore tellement significatif de notre pensée que l'homme est Roi dans ce monde, qu'il peut s'arroger le droit de décréter qu'une espèce n'est pas "utile", qu'elle est même "nuisible" = permis d'éradiquer, juste à cause de notre inconscience, notre inconsistance - et notre inconséquence pure parce qu'en fait on ne sait rien - qui lui ont collé ce qualificatif.


J'ai évoqué au début de cet article l'insoumission. On est tous dans le même bateau. Qui peut se prétendre supérieur à l'autre dans cette existence ? Nous sommes à des endroits différents dans ce bateau, mais il ne saurait y avoir de verticalité entre nous. 
De fait, il n'y a que les "lois biologiques" pour nous contraindre. Aucun concept moral là-dessous, j'entends "loi biologique" au sens où si tu sors nu par -40°C, il y a des chances que tu congèles sur place. 
C'est cette conscience retrouvée de notre insoumission qui nous rendra particulièrement responsable pour nous et ce qui nous entoure. Des jeunes gens que l'on dresse contre le racisme ne seront pas non racistes s'ils n'ont pas conscience de cette meurtrissure dans leur chair. C'est juste un dressage, ce que nous n'avons jamais cessé de faire. Depuis tout petit, c'est soumets-toi. Ne cherche pas à expérimenter seul, ne cherche pas à comprendre. Et on ne fait qu'expérimenter la défiance.
Ce n'est pas à coup de propagande dans un sens ou dans un autre que l'on bâtit une société sereine où amour et non-violence sont les expériences qui nous unissent. Le corollaire c'est que nous devons défaire le paternalisme et la condescendance qui régissent tous nos rapports sociaux, notre penchant pour la relation dominant-dominé (est-ce un penchant ?). Encore une fois, tout le bien que l'on peut s'apporter mutuellement c'est de créer, dans la simplicité, les conditions de libération de la pensée. Qui es-tu pour me dire ce que je dois penser ? Je dois pouvoir expérimenter le chemin en conscience. La voie n'est pas tracée.


(Edit : Comme mentionné dans les commentaires, je ne suis pas très à l'aise non plus avec l'idée de norme dans la nature. Je voudrais partager cette vidéo, ce qu'y dit Thierry Casasnovas me parle vraiment + J'ai envie d'ajouter les explications de Céline Alvarez sur ses expériences d'accompagnement éducatif éclairé par ce que mettent en évidence les neuro-sciences, ou la physiologie, sur la nature humaine).

Enfin, pour clore cette logorrhée impérative qui n'explique peut-être rien si ce n'est l'obsession d'exprimer une expérience qui se vit et se déploie : en permaculture, d'autres ont parlé de bon sens, de solutions simples. C'est cela qu'il faut retenir. Avant de s'engouffrer dans la construction de systèmes très élaborés, miroirs anthropomorphes de nos réflexions trop ambitieuses et embrouillées (n'est-ce pas ? me dis-je à moi-même).


***

Allez hop, je laisse les derniers mots à Masanobu Fukuoka (microbiologiste japonais reconverti en paysan de l'agriculture sauvage), extrait de La révolution d'un seul brin de paille. Le gras sur les mots, c'est moi qui l'ai mis. L'extrait ne le reflète pas mais c'est un livre qui raconte d'abord une expérience avant d'exposer une pensée :

"Ce qui arrive au riz et à l'orge se passe continûment dans le corps humain. Jour après jour les cheveux et les ongles poussent, des dizaines de milliers de cellules meurent, des dizaines de milliers de cellules supplémentaires naissent ; le sang du corps aujourd'hui, n'est pas le même qu'il y a un mois. Vous pensez que vos propres caractéristiques seront transmises à vos enfants et à vos petits enfants, vous pouvez dire que vous mourez et que vous renaissez chaque jour, et que vous vivrez encore pendant de nombreuses générations après la mort.
Si l'on peut faire l'expérience de la participation à ce cycle, le sentir chaque jour, rien d'autre n'est nécessaire. Mais la plupart des gens sont incapables de jouir de la vie comme elle passe et change de jour en jour. Ils s'accrochent à la vie telle qu'ils en ont déjà l'expérience, et cet attachement reposant sur l'habitude porte avec lui la peur de la mort. En ne faisant attention qu'au passé, ou au futur, qui doit encore venir ils oublient qu'ils sont en train de vivre sur la terre ici et maintenant. Se débattant dans la confusion, ils regardent leur vie passer comme dans un rêve.
"Si la vie et la mort sont des réalités, la souffrance humaine n'est-elle pas inévitable ?"

"Il n'y a ni vie ni mort."

"Comment pouvez-vous dire cela ?"
Le monde lui-même est une unité de matière dans le flux de l'expérience, mais l'esprit des gens divise les phénomènes en dualités telles que vie et mort, yin et yang, être et néant. L'esprit en arrive à croire en la valeur absolue de ce que les sens perçoivent et c'est alors que pour la première fois la matière telle qu'elle est se change en objets tels que les êtres humains les perçoivent normalement.
Les formes du monde matériel, les concepts de vie et de mort, de santé et de maladie, de joie et de tristesse, tout prend sa source dans l'esprit humain. Dans le soûtra, quand Bouddha dit que tout est vide, non seulement il dénie une réalité intrinsèque à tout ce qui est construit par l'intelligence humaine mais il déclare aussi que les émotions humaines sont des illusions.
"Vous voulez dire que tout est illusion ? Il ne reste rien ?"

"Rien ? Le concept de "vide" reste encore apparemment dans votre esprit", dis-je au jeune homme. "Si vous ne savez pas d'où vous êtes venu ni où vous allez, alors comment pouvez-vous être sûr que vous êtes ici, debout en face de moi ? Est-ce que l'existence ne signifie rien ?"

"..."
L'autre matin j'ai entendu une fillette de quatre ans demander à sa mère : "Pourquoi suis-je née dans ce monde ? Pour aller à la maternelle ?"
Naturellement sa mère ne pouvait pas dire honnêtement : "Oui, c'est cela, aussi vas-y." Et cependant on pourrait dire que les gens, aujourd'hui, sont nés pour aller à la maternelle.
Jusqu'au lycée compris les gens étudient avec assiduité pour apprendre pourquoi ils sont nés. Ecoliers et philosophes, même s'ils ruinent leur vie dans la tentative, disent qu'ils seront satisfaits de comprendre cette seule chose.
A l'origine, les êtres humains n'avaient pas de but. Maintenant s'inventant un but ou un autre, ils luttent désespérément pour essayer de trouver le sens de la vie. C'est une lutte sans adversaire et sans repos. Il n'y a pas de but auquel l'homme doive penser, ou à la recherche duquel il doive partir. On ferait bien de demander aux enfants si oui ou non une vie sans but est dénuée de sens.
Depuis l'époque où il entre à l'école maternelle commence la souffrance de l'homme. L'être humain était une créature heureuse mais il créa un monde dur et maintenant il lutte pour essayer de s'en évader.
Dans la nature il y a la vie et la mort, et la nature est pleine de joie.
Dans la société humaine il y a la vie et la mort et les gens vivent dans la tristesse."


Ecole buissonnière

mercredi 9 décembre 2015

Pourquoi la permaculture ?


Certains mots comptent moins qu'ils n'y paraissent. Le mot permaculture est de ceux-là. En revanche, il fait partie des mots qui méritent éminemment que l'on cherche ce qui se cache derrière.

Le problème avec le mot permaculture c'est qu'on croit avoir affaire à une nouvelle technique d'agriculture ou de jardinage. Ce n'est pas ça.



Le problème avec le mot permaculture c'est l'effet de mode qui accompagne toute pratique intéressante et nouvelle chez nous. On est nombreux à s'emparer de ce mot et à l'emmener dans beaucoup de directions, comme tout mot ambitieux qui cherche à englober une vaste réalité. Cela contribue à brouiller son sens.


Alors disons que ce n'est pas le mot qui compte. Mais venez avec moi, je vais vous raconter. Pourquoi la permaculture est devenue si importante.


Aujourd'hui le malaise que l'on rencontre largement en France, et peut-être dans une moindre mesure dans les autres sociétés occidentales, c'est le sentiment partagé d'impuissance. Ca ne va pas. On sent bien que les choses ne vont pas (et en ce 9 décembre 2015 comment pourrait-on ne pas le sentir ?). Mais que peut-on faire ? On n'a aucun pouvoir.


Toute notre énergie de vie est focalisée sur un but : avoir de l'argent. Il nous donne l'illusion du pouvoir sur notre vie. Le pouvoir d'acheter des choses. Acheter des choses pour faire vivre sa famille, pour se procurer un toit, de l'eau et de quoi se chauffer, de quoi se déplacer, etc., et enfin de quoi se faire plaisir parce qu'il faut quand-même être heureux.



Mais ce qui semble être un grand pouvoir est seulement un pouvoir d'achat. Un bien mince pouvoir en fait. Et qui a en plus l'effet pervers de nous déconnecter de la réalité naturelle du monde. Car j'achète quelque chose donc je ne sais plus comment on fait pour le faire, ni ne me rends véritablement compte de ce qu'il a fallu concrètement pour le faire : en matière, en énergie, en "personnel". J'ai parfois un petit malaise quand j'y réfléchis, mais bon il faut bien considérer que j'ai quand-même travaillé pour gagner de l'argent et que cette chose achetée est en quelque sorte le fruit de mon travail. Et puis, je n'ai pas le choix, j'ai besoin de ça pour m'en sortir.


C'est un système totalement aliénant. On se déconnecte de notre propre condition naturelle et on devient inhumain malgré nous.

Parce que ce qui fait tourner l'économie est en réalité dévoreur d'énergie et des ressources de la Terre (vous savez, cette planète qui nous porte, sans laquelle nous ne sommes rien). Et d'autre part, ça coûterait tellement cher à produire au vu de ce gaspillage d'énergie que le système ne tient que parce que ces biens de masse sont réalisés, au moins à un maillon de la chaîne, par des gens qui travaillent pour rien, autrement dit des esclaves.


Ce projet de vie autour de l'argent nous a donc déconnecté de la nature et nous a fait perdre notre pouvoir d'humain que nous avons tous à la base : savoir subvenir à nos besoins vitaux en toute autonomie.


Sauf que ce système, même s'il peut à peine encore apparaître comme un modèle pour les pays dits "émergents", est en perte de vitesse pour de multiples raisons :



.Diminution de l'élément travail (accroissement du chômage). Or comment créer de la "richesse" dans un tel système sans cet élément ? Ce système ne fonctionne que s'il y a des hommes assujettis à travailler pour d'autres hommes.



.Accroissement de la population mondiale qu'il va bien falloir loger et nourrir (la plupart des hommes ayant perdu cette faculté de se loger et de se nourrir seuls).



.Épuisement de la planète à tous les niveaux (disparition des terres arables, pollution et pillage des océans, bref, je ne poursuis pas la liste, ça commence à sentir le réchauffé bien roussi).



(...)


On se rend compte que le système sur lequel on s'est reposé parce qu'on ne connaît plus que ça, parce que ça semblait à peu près marcher et assurer notre  pérennité est en fait en train d'exhiber au grand jour ses limites criantes (ou criardes pour rester dans l'effeuillage). Nous sommes portés par une illusion qui arrive à son terme et cela fait très peur puisqu'on a justement perdu notre autonomie.



Parce que un système mondial où il n'y a qu'une poignée de personnes qui s'en sortent, et tout le reste qui coule 


c'est un système qui échoue et se noie.


Parce que un système qui puise sans fin dans un système fini (notre planète) 


c'est un système suicidaire.


Parce que un système qui dépense plus qu'il ne produit 


c'est un système qui se ruine, ou alors esclavagiste, donc inhumain, donc qui ruine les êtres sur lesquels il se repose.



La permaculture, elle nous donne des outils pour aménager et concevoir des systèmes inspirés des systèmes naturels qui s'auto-régénèrent et créent de l'abondance, et qui sont efficaces et éthiques pour cette raison.



Or sur quoi repose la résilience intrinsèque d'un système naturel ? Sur sa complexité, son fonctionnement en réseaux multiples, le fait que tous les éléments à l'intérieur ont chacun encore de multiples fonctions et des relations symbiotiques et synergiques entre eux.



Cela le rend beaucoup plus efficace, car il ne pourrait pas y avoir de système naturel et donc de vie sur terre, si l'énergie dépensée par ses éléments était supérieure à la production, et à l'apport, tirés de cette énergie.



Mais surtout cela le rend beaucoup plus solide et résilient. Car même lorsqu'une partie importante des éléments du système se trouve prise dans une bourrasque dévastatrice, le façonnement même du système, complexe, fait qu'il n'en vient pas à s'effondrer totalement et qu'il est capable tout seul de revenir à l'équilibre.



En gros, tous les œufs ne sont pas mis dans le même panier. Au contraire du système des hommes qui domine aujourd'hui le monde et qui repose uniquement sur les énergies fossiles. Aucune civilisation n'a jamais rien réalisé de plus fragile.



Sauf qu'aujourd'hui les hommes ont en plus enfreint tellement de lois fondamentales de la nature, que de tels systèmes naturels en viennent à s'effondrer (et le réchauffement climatique dont nous sommes l'auteur est une cause majeure).


Dans la réalité naturelle de ce monde, on est donc loin d'un fonctionnement simple, linéaire ou simplement circulaire. Et la permaculture propose de fonctionner exactement sur le modèle précédemment décrit pour imaginer un système.


La permaculture, conceptualisée au départ dans les années 70 par les australiens Bill Mollison et David Holmgren, est une méthode de "design" des systèmes humains (pour reprendre le terme anglais signifiant conception, aménagement, planification...).

Étant donné que l'humain n'est autre que la nature elle-même, ce que nous avons largement oublié, la permaculture peut être utilisée pour concevoir tout type de système qui répond à nos besoins essentiels d'humains : se nourrir, boire, se soigner, s'abriter, se reposer, se chauffer, se vêtir quand il fait froid, établir des relations, élever ses enfants...


Cela passe donc par la compréhension profonde des systèmes naturels. Ceux-ci sont nécessairement complexes, les éléments y ont des relations symbiotiques entre eux qu'il faut s'efforcer de déchiffrer pour ne pas briser des interconnexions complexes et risquer de mettre à mal ces systèmes naturels. En outre, "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" pour reprendre la célèbre formule de Lavoisier. Les déchets des uns sont les ressources des autres et tout doit pouvoir fonctionner en boucles multiples dans la meilleure synergie possible.



L'homme doit pouvoir s'intégrer dans cette nature dont il fait partie en toute harmonie et en toute intelligence. Cela devient complètement possible dès lors qu'il fait la démarche de comprendre qu'il n'est pas au-dessus de tout le reste et qu'il accepte de comprendre le langage de la nature, pour paraphraser Paul Stamets, et de communiquer avec elle.


Sans rentrer dans les détails de la méthode permaculturelle qui est en gros gouvernée par le bon sens pour qu'un système fonctionne de la façon la plus efficace (on trouve énormément à ce sujet sur Internet et dans les ressources que je rassemble sur la page dédiée), la permaculture est sans arrêt guidée par cet objectif de soutenabilité des systèmes humains (comme l'est tout système naturel). Pour que de tels systèmes fonctionnent durablement, ils sont nécessairement gouvernés par ces principes éthiques :


.prendre soin de la Terre ;
.prendre soin des Hommes ;
.partager les surplus.


Le but est que pour une calorie investie dans le système, on doit pouvoir en sortir beaucoup plus. L'inverse totale de l'agro-industrie aujourd'hui qui consomme plus que ce qu'elle produit, c'est catastrophique.



C'est donc à la fois la sobriété, car on dépense le moins d'énergie possible (et on va beaucoup réfléchir pour ça, travailler plutôt du chapeau en somme). Et l'abondance, car ce que l'on retire de ce minimum d'énergie investie est bien plus conséquent et va permettre de redistribuer à tout le monde : Terre, donc tout ce qui la compose, et humains. Ainsi on fait en sorte de maintenir le système en perpétuelle régénération.


Plus que jamais nous éprouvons le besoin de libérer notre énergie créatrice, d'invention et de la mettre au service non pas de la destruction mais de la construction, non pas de la mort mais de la vie.



Connectons-nous, appuyons-nous sur les gens qui débordent de cette énergie créatrice (et qui partagent leurs surplus !). Il y en a plein, il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil .



Il ne s'agit pas de dire amen à la permaculture, ni d'en faire une nouvelle recette ou un nouveau dogme auquel il conviendrait encore de se soumettre. C'est une approche qui mérite tout simplement de mobiliser l'intérêt et l'intellect car nous avons un besoin crucial de repenser les systèmes. 

Bienvenue à cette approche systémique, holistique, éthique (et je pourrais ajouter pragmatique) qui nous amène à redéfinir nos besoins par ordre de priorité et à penser l'ensemble autonome dans lequel ils pourront être remplis. Il est temps car elle a jusqu'à 40 années de pratique ailleurs ! 

C'est redynamiser ses propres mécanismes de pensée. C'est élaborer des solutions aux problèmes rencontrés en prenant en compte l'intégralité des données, sans isoler les éléments de l'ensemble. C'est une ingénierie au service de l'humain et de la nature. 


Aussi, lorsqu'on me demandera la prochaine fois ce que je fais dans la vie, au lieu de marmonner un timide "j'ai des projets...", j'aurai l'outrecuidance de me présenter, en rougissant un peu quand-même, comme ex-juriste, apprentie permacultrice.

Après la théorie, la pratique.

jeudi 26 novembre 2015


Je suis en préparation d'un article sur la permaculture, mais pour celles et ceux qui voudraient aller voir ailleurs que sur leur écran, il existe beaucoup de supports pour se mettre en réseau et rencontrer d'autres personnes avec qui échanger de préoccupations communes.

En ce moment précis, j'en ai relevé deux :

- le réseau de Korakor (axé permaculture) (c'est sur facebook) où les gens se présentent, exposent où ils sont / où ils en sont et ce à quoi ils aspirent, dans le but de rencontrer d'autres gens près de chez eux et éventuellement de faire converger des projets ;

- la Terra Incognita 2015 de l'association Regenere (Thierry Casasnovas), plus axé sur la physiologie humaine mais avec une démarche globale, holistique, qui rejoint la permaculture. Pendant tout le mois de décembre, les personnes peuvent décider d'organiser des évènements chez elles ou ailleurs et le faire savoir pour rencontrer d'autres personnes proches géographiquement qui ont envie d'échanger sur ces problématiques.

Parce que c'est en commun qu'on va trouver des solutions.


*

Un chouette reportage de France 3 Centre - Val de loire qui présente la permaculture :

lundi 16 novembre 2015

Allez, les charlots


Je recommande vraiment la lecture de l'article "L'Etat islamique, cancer du capitalisme moderne" de Nafeez Ahmed, du 27 mars 2015, très éclairant sur ce phénomène, symptôme d'un système fondé sur l'or noir.

Tant que l'on n'enverra pas ce système au cimetière, on continuera malheureusement à pleurer nos morts. Or, ce pouvoir nous l'avons tout un chacun en nous réorganisant localement et en arrêtant de consommer tout ce qui continue d'entretenir ce système basé sur une manne énergétique (épuisable, qui plus est).

La tristesse est infinie. Le recueil nécessaire. Mais je refuse de voir l'histoire se répéter indéfiniment ni de continuer à vivre dans la peur et dans la plainte "du monde que l'on laisse à nos enfants". Nous sommes responsables. Prier ne sert à rien si la prière ne se transforme pas en action. Inutile également de compter sur les puissants de ce système, ceux qui tiennent les rênes. 

Pour réinventer le système, changer de paradigme, plein de gens montrent que des solutions existent déjà et qu'on peut, chacun à son niveau, dès maintenant, les mettre en oeuvre en se connectant localement. Je suis à l'affût de ces solutions qui redonnent espoir et qui se confrontent aux causes des causes. Je vais continuer à en rassembler certaines .

On peut continuer longtemps à se faire la guerre, on peut continuer longtemps à s'affronter sur nos "valeurs". Cela servira juste à prouver que l'humanité n'était qu'une gesticulation médiocre. Qui plus est, malfaisante ? Non, bien sûr que non. Arrêtons de chercher uniquement à masquer les symptômes et occupons-nous du terrain. 

On a fait de nous des dépendants ? Alors il faut commencer à s'autonomiser. Reprendre les choses à la base. Mettre fin au règne de l'argent. Il ne se mange pas, il exclut, il rend dépendant. Ré-apprendre à faire les choses, plutôt qu'à les acheter en les faisant fabriquer par des esclaves. A servir plutôt qu'asservir et qu'être servile. A utiliser notre puissance créatrice. A plusieurs, on peut arriver à faire tout ça.

Il est plus que temps de mettre fin à cette logique de mort qui nous domine depuis des temps immémoriaux, et surtout depuis l'industrialisation et les guerres mondiales. Cela ne s'est pas arrêté en 45. Ce n'est qu'une continuité et une superposition de guerres. Il y a eu la guerre froide, les guerres de décolonisation, la guerre de l'agro-industrie qui poursuit toujours son oeuvre de mort... et aujourd'hui la guerre de la terreur et la guerre contre le terrorisme. Les affrontements Est/Ouest, Nord/Sud, inter-ethniques... C'est à nous d'arrêter ça. Arrêter le mensonge. Admettre que l'on se trompe, que l'on s'est totalement fourvoyé dans cette course au soit-disant "progrès". Sortir du mythe qui conduit à notre perte. Et créer les conditions favorables à la survenue d'un système qui fasse enfin place à la logique de vie

L'humilité ouvre le chemin à un système dans lequel l'humain se re-connecte à la nature et comprend qu'il n'est pas le roi sur terre mais qu'il ne fait qu'un avec la nature puisque celle-ci n'est pas distincte de lui. Un système qui permette à la dimension sociale de l'homme de s'exprimer de la plus belle manière pour éprouver en commun le sens des mots amour, partage, joie, et bien d'autres, que nous avons en chacun de nous.


Allez, les charlots




(malgré la traduction approximative,
c'est le fond du discours qui m'intéresse,
pas la relation guide - peuple, ni l'acclamation de foule,
et encore moins le sur-ajout musical)

lundi 9 novembre 2015

Vogue, vogue...



La page Permaculture est en permanente évolution. 
Beaucoup de nouvelles ressources viennent sans arrêt à notre rescousse. 
Les champignons ont fait une joyeuse entrée en fanfare.